La future ligne TGV Paris-Rennes passera en plein milieu de son exploitation, condamnant de fait les bâtiments existants. C’est pour- quoi Emmanuel Goisbeault, éleveur au Genest-Saint-Isle en Mayenne, a construit sur un nouveau site un bâtiment regroupant 448 places de post- sevrage et 1 296 places d’engraissement équipées de racleurs. « Le raclage en V me permet de diminuer mon plan d’épandage de 40 % », indiquait-il, lors de la porte ouverte organisée le 17 juin dernier par son groupement Cam 53. « Sans exporter les déjections solides, il me fallait 80 hectares. Avec le raclage, 39 hectares suffisent. » Sur ce plan d’épandage, la phase liquide n’ap- porte que 120 unités d’azote à l’hectare, et seulement 20 unités de phosphore. Le co-produit solide est mélangé avec 2 % de paille sous un hangar annexe. «Il me faut 18 à 20 tonnes de paille par an », précise Emmanuel Goisbeault. Après une phase de compostage, ce produit est considéré comme un amendement organique. Les deux tiers sont exportés.
L’exportation des déjections constitue une des réponses à la nouvelle réglementation sur les normes d’épandage phosphore qui touche toutes les productions, y compris dans les Pays de la Loire où la densité animale est pourtant moins forte qu’en Bretagne. « Les éleveurs de bovins et de volailles sont de moins en moins intéressés pour recevoir du lisier de porcs. Par ailleurs, avec la future ligne TGV, le foncier se raréfie dans la région », explique Emmanuel Goisbeault.
Le raclage a également permis à l’éleveur de s’affranchir de
l’enquête publique pour la construction de son nouveau bâtiment. «Cela m’a fait gagner sept mois dans l’élaboration de mon projet », souligne-t-il. Les aspects techniques de la conduite d’élevage ont aussi influencé Emmanuel Goisbeault dans le choix du racleur. « Les résultats des chambres d’agriculture sont convaincants, notamment sur les aspects sanitaires. L’évacuation rapide des déjections limite les émissions d’ammoniac et améliore l’ambiance des salles. » Le jour de la porte ouverte le 17 juin dernier, un premier lot de porcelets provenant de la maternité collective dans laquelle l’éleveur possède des parts avait déjà séjourné cinq semaines en post-sevrage, sans que l’éleveur n’observe de toux ni d’éternuements, « alors que dans l’ancien bâtiment, les pathologies respiratoires apparaissaient rapidement ».
L’unique salle de post-sevrage a été conçue pour loger une bande entière de 448 porcelets toutes les six semaines. Les cases de 28 porcelets font la largeur d’un racleur, soit 2,5 m. La profondeur de la salle est de 30 mètres, afin d’optimiser le fonctionnement des racleurs.
Chaque salle d’engraissement est équipée de deux racleurs par rangée de cases qui ont donc une profondeur de cinq mètres. Pour ne pas être limité en longueur d’auge par animal, l’éleveur a choisi les auges courtes pilotées par sondes. « Avec ce système, je devrais bien exploiter le potentiel de croissance des animaux déjà optimisé par le raclage en V. » Au final le coût du bâtiment est de 251 euros par place de post-sevrage, et 457 euros par place d’engraissement. Ces montants intègrent les locaux annexes, la fosse à lisier extérieure et l’épandeur qui sert à retourner le compost. Le bâtiment de stockage du compost existait déjà. Bernard Brogard, technicien bâtiment Triskalia-Cam53, estime le surcoût du racleur à 40 euros par place de post-sevrage, et 80 euros par place d’engraissement. L’agence de l’eau accorde une subvention de 40 % des équipements utilisés pour la résorption du phosphore : racleurs, modules en béton, hangar de stockage... Chez Emmanuel Goisbeault, le montant de la subvention a été de 48 000 euros, pour 5800 kg de phosphore abattu annuellement.
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