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A Villefranche de Rouergue dans l'Aveyron

l'Ifip crée un pôle de compétences axé sur l'environnement

La chambre d’agriculture de l’Aveyron et l’Ifip se sont associés pour créer une plate-forme de recherche, formation et démonstration où l’environnement occupe la part belle.

28 août 2008 B.Griffoul Vu 2689 fois

- © dp

Un hypermarché va s’installer prochainement juste à côté. C’est un vrai tour de force qu’ont réussi la chambre d’agriculture de l’Aveyron et l’Ifip-Institut du porc. Ils viennent de créer un élevage de 140 truies naisseur-engraisseur aux portes de la petite ville de Villefranche-de- Rouergue (Aveyron), en bordure de la zone industrielle. Les deux organismes étaient voisins : d’un côté du chemin, le centre de formation de Bernussou et son exploitation au sein de laquelle un élevage porcin obsolète ; de l’autre, la station expérimentale de l’Ifip qui possédait des installations pour le post-sevrage et l’engraissement de 1 800 porcs par an et s’approvisionnait en porcelets auprès d’une maternité collective. Ils ont associé leurs moyens au sein du GIE Villefranche Grand Sud, pour créer ce nouvel élevage qui a une triple vocation : expérimenter, former et montrer. Une plate-forme où l’environnement a la part belle.

Tous les acteurs des filières porcines du Sud-Ouest et du sud du Massif central se sont rassemblés pour faire éclore ce pôle de compétences interrégional dans une zone à faible densité porcine mais qui veut croire en son avenir en jouant la carte de la « différenciation », selon Jean Laurens, président de la chambre d’agriculture de l’Aveyron. Il devra répondre à leurs préoccupations spécifiques. A commencer par la valorisation des matières premières régionales – le Sud-Ouest ne manque pas de ressources – avec notamment l’idée de conquérir l’autonomie protéique et de baisser le coût alimentaire pour maintenir une production compétitive. Autre préoccupation de la filière régionale : « comment renforcer l’image des produits transformés secs en les reliant au territoire », par le biais des signes officiels de qualité. La station travaillera sur l’adaptation aux différents cahiers des charges. Au-delà des objectifs strictement économiques, et c’est peut-être là l’aspect le plus remarquable, la filière régionale s’est donné avec ce nouvel outil une ambition tout aussi indispensable à son avenir : répondre aux attentes citoyennes pour lever les freins à l’acceptabilité sociale de la production. Cette réalisation voit la mise en place d’une plate-forme environnementale de recherche et démonstration dotée d’équipements très innovants, uniques même pour certains. Premier objectif : réduire les nuisances olfactives à la source. Plusieurs techniques seront testées à cet effet : extraction centralisée et lavage de l’air, réduction de la surface de caillebotis afin de diminuer le dégagement d’ammoniac au contact de l’air, évacuation rapide des déjections par différentes techniques (bacs à lisiers, raclage, flushage) de sorte qu’elles ne soient pas stockées dans les bâtiments. Deuxième axe fort de ce challenge environnemental: le lisier ne sera pas épandu mais fera l’objet d’un traitement biologique. Les boues seront séchées par la technique des lits plantés de roseaux puis compostées avec des déchets verts issus des collectivités. Une plate-forme de compostage va être construite dans le cadre d’un Pôle d’excellence rurale. Troisième enjeu d’actualité : la préservation des ressources, l’eau et l’énergie. Les eaux résiduaires issues des lits de séchage seront réutilisées comme moyen mécanique d’évacuation des déjections (flushage). Les eaux de pluies seront collectées pour le nettoyage des salles et le lavage de l’air. Et enfin, un échangeur thermique permettra de récupérer les calories de l’air extrait pour réchauffer l’air entrant.

A l’évidence, c’est ce positionnement environnemental de l’élevage qui a permis de « vendre » le projet à la population locale.Une démonstration in situ que production porcine et urbanisme ne sont pas incompatibles. «Vous avez relevé un défi énorme », s’est plu à souligner Jacques Lemaître, président de l’Ifip, lors de l’inauguration. Pour y parvenir, les initiateurs du projet ont joué la transparence et la concertation avec les élus et la population. Chacun espère que cette vitrine aidera à faire bouger les lignes de l’acceptation sociale de la production. Mais n’oublions pas les préoccupations des deux organismes porteurs du projet, à savoir expérimenter et former. Cet outil va leur donner un nouvel élan. « L’ensemble de la filière de traitement du lisier, mise en place en grandeur réelle, est vraiment quelque chose d’innovant comme le sont les systèmes d’évacuation des déjections », se réjouit par exemple Robert Granier, directeur de la station expérimentale. De quoi doper la motivation des équipes. « Cette station s’intègre bien dans notre réseau de recherche national », a affirmé Jacques Lemaître.

Des installations qui devraient donner aussi une nouvelle « crédibilité » aux formations (technicien conseil, conduite d’élevage) dispensées par le centre de formation de Bernussou, auprès des futurs producteurs et salariés, veut croire Gérard Grès, directeur : « Nous aurons accès à de nouvelles ressources de façon privilégiée avec l’Ifip. Des agents des deux organismes pourront intervenir en croisé… » Et certainement, dans l’avenir, une offre de formation étoffée en rapport avec les axes de travail de la plate-forme. De leur côté, les financeurs (État, collectivités territoriales) ont largement assumé leurs responsabilités. Reste maintenant à faire vivre ce formidable outil à hauteur des espérances que chacun y a investies. Les premiers cochons sont rentrés début juillet. !

 

 

 
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