Viande de porc
Les économistes américains sont optimistes pour le marché des Etats-Unis, du Canada et du Brésil
Les États-Unis, le Canada et le Brésil vont voir leur production et leurs exportations de viande de porc progresser jusqu´en 2015. C´est ce qu´a annoncé Mildred Haley, économiste à l´USDA(1) au cours des rencontres Ifip du Space(2).
23 novembre 2006 Claudine Gérard Vu 1695 fois
Les États-Unis, suivis par le Canada et le Brésil, vont augmenter leurs exportations de viande de porc dans les 10 ans qui viennent. C´est ce que prévoit le service de recherche en économie du département de l´agriculture des États-Unis, l´USDA. Mildred Haley est venue présenter en France les perspectives de son unité de recherche, au cours du Space. Les prévisions sont établies chaque année pour les 10 ans à venir, pour 17 produits agricoles et 24 pays ou régions. « Les prévisions sont basées sur des hypothèses de macro-économie, de géopolitique, de climat et de développements internationaux », précise l´américaine. « Parmi les 23 pays du continent américain, trois ont la plus grande possibilité de vous concurrencer dans le secteur porcin : le Mexique, le Brésil, le Canada et les Etats-Unis. » L´économiste s´en explique en passant en revue les forces et faiblesses de ces quatre grands pays.
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| La production américaine devrait augmenter de 1 % par an jusqu´en 2015, selon l´USDA. ©G. Martineau |
Les États-Unis cumulent les atouts
Aux États-Unis, les principaux atouts sont la puissance des outils d´abattage et la disponibilité en maïs. Entre 2006 et 2015, les économistes américains prévoient une augmentation de la production de près de 1 % par an, sachant que le pays est déjà de loin le plus gros producteur du continent américain, avec un cheptel d´environ 60 millions de porcs, soit deux fois plus qu´au Brésil (environ 30 millions de porcs), et quatre fois plus qu´au Canada (environ 15 millions de porcs). Compte tenu de la faiblesse prévue du dollar, l´USDA calcule que les exportations de viande de porc des USA vont progresser à un rythme de 2,4 % par an jusqu´en 2015, pour atteindre 21 % des exportations mondiales. En 2015, les exportations américaines représenteraient alors 21 % des échanges mondiaux, soit un niveau équivalent à celui qui est prévu pour le Canada.
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Le Canada reconnu pour la qualité de sa production
Ce pays qui a vu sa production augmenter de 69 % entre 1990 et 2005, exporte aujourd´hui 57 % de sa production (1,3 million de tonnes équivalent carcasse en 2004), dont une part importante en vif, vers les États-Unis. Pour Mildred Haley, le pays se différencie des États-Unis par une production de meilleure qualité et une bonne technicité des élevages. Elle prévoit que les exportations de viande de porc vont aussi croître au rythme de 2 % par an, soit + 300 000 tonnes chaque année. Mais elle souligne que le handicap majeur du pays est aujourd´hui sa monnaie. « Entre janvier 2002 et septembre 2006, le dollar canadien a augmenté de 44 % par rapport au dollar américain », souligne-t-elle, estimant que cette parité entre les deux monnaies devrait durer dans le temps, sachant que « le dollar US restera très bas au cours de la période prévisionnelle ».
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Le Brésil devra régler son handicap sanitaire
Troisième exportateur du continent américain, le Brésil pose toujours question. « Le brésil va-t-il conquérir le monde ? », s´interroge l´américaine. « Cela dépendra de la capacité du pays à gérer ses problèmes sanitaires, en particulier la fièvre aphteuse. » Mildred Haley souligne en effet que les épisodes récurrents de la maladie empêchent le Brésil d´accéder aux marchés à haute valeur ajoutée. Et selon elle, la situation va durer. Elle prévoit que, pour cette raison, les exportations brésiliennes vont légèrement régresser voire se stabiliser jusqu´en 2008, mais qu´elles reprendront à un rythme soutenu d´environ 4 % par an jusqu´en 2015. Le Brésil sera alors le quatrième bassin porcin exportateur de viande de porc avec 17 % des échanges internationaux en 2015. Car, on le sait, ses atouts sont incontestables : superficie, climat, ressources, structure de la production.
Du maïs à plus de 200 euros la tonne !
Ces prévisions à 10 ans laissent donc présager d´une situation somme toute comparable à celle d´aujourd´hui. Pourtant, l´USDA prévoit un changement majeur qui pourrait contrarier la compétitivité américaine, à savoir le prix du maïs. Le gouvernement américain a en effet lancé un programme pour réduire la dépendance du pays en pétrole, programme qui mise sur la production d´éthanol à partir de maïs, avec des subventions à la clé. Résultat, le prix du maïs pourrait flamber et l´atout majeur des producteurs de porc américains deviendrait une faiblesse. « Avec ce programme américain, les usines d´éthanol pourraient acheter le maïs jusqu´à 215-277 euros la tonne sans pertes ! », annonce Midred Haley. Dès à présent, les prévisions de l´USDA portent le prix du maïs US à 100 euros la tonne en 2009, contre 65 euros environ aujourd´hui. Lorsque les économistes de l´USDA ont établi leurs prévisions en ce début d´année, ils ont « deviné » cette tendance. Aujourd´hui, ils en ont la confirmation et l´intégreront plus précisément dans leurs prochaines projections à 10 ans. Il sera donc très intéressant de connaître les prévisions qu´ils vont remettre à jour en janvier 2007.
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(1) United States Department of agriculture, Washington
(2) Rencontres Ifip, le 15 septembre, Rennes.
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