Guillaume Roué, président d´Inaporc
« Il ne faut pas craindre de nouveaux modèles »
Président du groupement Prestor et de l´interprofession Inaporc, Guillaume Roué plaide pour une orientation capitalistique des élevages. Nouveau regard sur le devenir d´un produit : le porc.
09 juin 2006 Claudine Gérard* Vu 2197 fois
Quelle est votre vision pour l´avenir de l´élevage porcin ?
Guillaume Roué : Pour comprendre, il faut d´abord analyser l´évolution démographique : nous savons qu´il y aura de moins en moins de repreneurs par rapport aux vendeurs. Si nous voulons conserver notre potentiel de production régional ou national, une réflexion financière à la reprise et à la gestion des entreprises porcines va s´imposer. Je pense que nous devons inventer un système d´intéressement capitalistique. D´une part, le chef d´entreprise devra pouvoir être accompagné par une organisation économique porteuse de capitaux, et d´autre part, les collaborateurs pourront s´ils le désirent être intéressés financièrement au capital et en conséquence aux résultats de l´élevage qui les emploie, comme cela existe dans tous les secteurs économiques.
Ces organisations économiques porteuses de capital, ce sont les groupements de producteurs ?
Cela peut, en effet, être un groupement de producteur. Mais cela peut aussi être des fonds d´éleveurs et, pourquoi pas, une organisation non agricole comme des banquiers ? En tout état de cause, compte tenu de ces apports de capitaux nécessaires, l´entreprise devra être rentable. C´est une réalité économique dans nombre de domaines.
Cela signifie que l´élevage de porc va perdre sa vocation agricole ?
Il ne faut pas avoir peur d´envisager de nouveaux modèles et d´accepter la « financiarisation » de notre activité de production porcine. Bien sûr, je suis convaincu que nous garderons notre spécificité agricole, mais l´exploitation agricole ne pourra pas ignorer la réalité du marché.
Cela veut dire de très grands élevages, voire plusieurs sites de production pour un entrepreneur ?
Concernant la taille, il est clair que nous devons être évolutif. Il y a 20 ans, la taille de référence était de 80 truies, aujourd´hui 300, demain 600 ? Il faut évoluer avec son temps et surtout amortir les charges comme le traitement du lisier, sur des tailles d´ateliers plus importantes. La concentration est en marche, c´est écrit. Mais il va falloir faire évoluer la réglementation pour conforter les sites existants. Ce n´est pas un problème technique, mais politique ! Quant aux « multi-exploitations », le constat est clair : à ce jour, à quelques rares exceptions près, ça fonctionne difficilement. Avoir 2, 3 ou 4 sites à gérer, c´est trop compliqué et cela devient un sport extrêmement dangereux sur lequel plusieurs éleveurs se sont déjà cassé les dents. Pour ce type de multi-exploitations, le modèle reste à inventer, et les chefs d´entreprise doivent acquérir une vraie culture économique. Au sein de notre groupement, nous apportons déjà cette culture, et les cycles de formation vont encore s´intensifier.
Des personnes non issues de l´agriculture pourraient donc devenir ces chefs d´exploitations ?
Pourquoi pas ? Pour réussir, il faut maîtriser les critères techniques, économiques et financiers. Il est rare qu´une même personne réunisse des compétences dans ces trois domaines. C´est pourquoi l´arrivée de personnes non issues du monde agricole dans ce contexte de « financiarisation » des élevages que j´entrevois, est tout à fait probable. C´est déjà largement le cas des salariés d´élevage qui sont de plus en plus nombreux à être issus de milieux non agricoles et qui réussissent et s´épanouissent dans ce métier.
Dans ces conditions, quelle serait la place des éleveurs dans les filières ?
Il fait d´abord comprendre que les éleveurs ne peuvent plus avoir « la tête dans le guidon ». Il leur faut réfléchir au devenir de leur produit, ne rien exclure, et faire confiance à d´autres pour valoriser leurs produits. S´impliquer dans des outils d´aval, ce n´est en aucun cas perdre son indépendance, c´est au contraire un progrès. Tout comme les éleveurs se garantissent à l´appro en achetant sous contrat de l´aliment, du soja.
Ils doivent pouvoir compter sur l´écoulement de leur produit, de leur travail. Si la règle du jeu est claire, à savoir la fixation transparente d´un cahier des charges, d´un prix et d´une valorisation des cochons entre apporteurs et acheteurs, où est le problème ? Les relations entre amont et aval, c´est-à-dire entre les producteurs et leurs clients, sont à réinventer. Cela passera par la restructuration de l´aval et par, je le répète, une nouvelle organisation capitalistique de la production.
Pour en savoir plus
Voir dossier de Réussir Porcs de mai 2006 intitulé « Quels élevages pour demain ? ». (R. P. nº127, 17 pages)
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