Elevage naisseur
Réussir l´introduction des futurs reproducteurs en les accueillant en douceur
Fort de son expérience de plus de 15 ans, le vétérinaire Jean-pierre Alno a collaboré à la réalisation d´une plaquette éditée par le laboratoire Janssen, intitulée « Concepts d´introduction en élevage naisseur ». Les bases pour réussir l´introduction des futurs reproducteurs y sont toutes réunies.
27 mars 2007 Claudine Gérard Vu 2586 fois
« Je fais réaliser ce type de quarantaine suivant la même démarche depuis 1993. Dans l´immense majorité des cas, quels que soient les contaminants, la démarche a été couronnée de succès », témoigne Jean-Pierre Alno, auteur de l´ouvrage édité par Janssen, consacré à l´introduction des futurs reproducteurs. Pas question pour lui de donner des plans types de conduite en quarantaine. Mais il s´agit de poser les bases pour que l´éleveur, le technicien et le vétérinaire réfléchissent ensemble à la meilleure façon d´introduire les futurs reproducteurs dans l´élevage. « On donne les pièces d´un puzzle, un référentiel, qui sert de socle à la reflexion, au cas par cas. »
Premier mot d´ordre du praticien : « donner du temps au temps ». Laisser la cochette grandir, acquérir une maturité correcte de son appareil génital, sachant qu´en outre, l´augmentation de la taille de son utérus améliore la taille de la portée et la future carrière de la truie. Prendre le temps nécessaire, c´est aussi bien sûr laisser le temps à la cochette de s´adapter à l´élevage et réagir sans signe clinique au microbisme de l´élevage car « l´achat de cochettes chez un multiplicateur est un achat d´animaux propres », écrit l´auteur en préambule pour justifier une durée de quarantaine de six semaines minimales et les recommandations pratiques réunies dans cette plaquette, chapitre après chapitre.
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| En quarantaine, les cochettes doivent acquérir une maturité correcte de leur appareil génital. ©C. Gérard |
Avant tout des conditions d´accueil confortables
Le bâtiment de quarantaine, tout d´abord, doit être situé en périphérie de l´élevage, perpendiculairement aux vents dominants. Jean-Pierre Alno préfère les quarantaines sur paille (avec 5 kg de paille par m2) mais « tolère » le caillebotis s´il est possible de chauffer le bâtiment avant l´arrivée des cochettes, maintenir la température à 20 ºC au minimum et assurer un éclairage de 14 à 16 heures par jour pour faciliter la fonction de reproduction. Il recommande une surface de 2 m2 par animal, un aliment de type « truie allaitante », voire « gestante » si les cochettes pèsent plus de 115 kg, aliments qu´il préfère à un aliment de type jeune reproducteur, jugé « trop proche d´un aliment pour porc charcutier dans sa conception ». Il recommande en outre une mise à la saillie vers 230 jours d´âge, pour une première mise-bas à 365 jours en moyenne.
Voilà pour les aspects zootechniques. Quant aux aspects sanitaires, Jean-Pierre Alno souligne en préambule que « le microbisme n´est jamais uniforme dans un élevage : il y a toujours un mouvement perpétuel des agents pathogènes et des réactions immunitaires ».
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| La synchronisation de chaleurs doit se faire dans un local spécifique, à partir de la sixième semaine de quarantaine. ©D. Poilvet |
Contamination par délivres et excréments
Outre le programme vaccinal propre à chaque élevage en fonction du niveau de contamination, il recommande la contamination par l´ingestion de délivres et d´excréments par les jeunes reproducteurs, « qui donne satisfaction face à la majorité des pathologies d´élevages à tropisme génital et respiratoire, à condition qu´elle soit répétée ». Concrètement, ces apports peuvent être envisagés de la deuxième à la cinquième semaine de quarantaine, « lorsque l´animal est reposé et en bonne santé ».
Enfin, Jean-Pierre Alno propose lors de la sixième semaine de quarantaine d´amener les animaux dans un deuxième local, séparé, plus proche de l´élevage. Cette conduite présente plusieurs avantages : avoir des cochettes plus matures, pouvoir laver et désinfecter la première quarantaine avant l´arrivée du lot de cochettes suivant, pouvoir distribuer quotidiennement une dose de Regumate pendant 18 jours, et les préparer ainsi à intégrer le bloc saillie le jour du sevrage, si possible encadrées par des multipares qui vont stimuler le déclenchement de leur oestrus, pour une venue en chaleur le mardi. « En suivant ce programme, les premières cochettes sont mises à la reproduction neuf semaines après leur introduction dans l´élevage, à 240 jours d´âge environ et 140 kg. La longévité moyenne des truies sera améliorée et un équilibre sanitaire harmonieux aura eu le temps de s´installer, en évitant l´effet » bombe sanitaire « lié à une introduction trop rapide. Il s´agit donc dans tous les cas de prendre le temps nécessaire, gérer les opérations de contamination et de vaccination semaine après semaine, bref, accueillir les cochettes en douceur et donner du temps au temps !
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