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Un panel d'études réalisées par l'Ifip

Truies hyper : à chaque élevage son plan d'alimentation

La conduite des truies hyperprolifiques doit tenir compte avant tout des particularités propres à chaque élevage. Nathalie Quiniou démontre également que la répartition des apports doit être totalement revue.

03 mars 2008 D.Poilvet Vu 3061 fois
Nathalie Quiniou, Ifip « L’hyperprolificité impose de revoir la répartition des apports alimentaires, mais pour une même quantité globale d’aliment
sur toute la gestation. »

Nathalie Quiniou, Ifip « L’hyperprolificité impose de revoir la répartition des apports alimentaires, mais pour une même quantité globale d’aliment sur toute la gestation. » - © dp

"Il ne faut pas croire qu'il existe un mode d’emploi unique par type génétique concernant la conduite alimentaire », mettait en garde Nathalie Quiniou, ingénieur nutritionniste Ifip, à l’occasion du forum annuel MG2Mix qui s’est déroulé le 18 décembre dernier à Rennes. Pour elle, l’approche alimentaire des truies hyperprolifiques doit être adaptée au type de l’animal, mais en prenant bien en compte des caractéristiques propres à chaque élevage. Les animaux eux-mêmes vont évoluer différemment d’un élevage à l’autre au cours de leur carrière. C’est le cas par exemple de leur gabarit. Le poids corporel sera essentiel dans le calcul de la quantité d’aliment à distribuer durant la gestation. « Les besoins d’entretien peuvent varier de 2 kg d’aliment par jour pour une truie de 175 kg à plus de 3 kg pour une truie de 300 kg », note l’ingénieur. Le niveau de rationnement est également déterminé par l’état d’engraissement de la truie en sortie de maternité,mesuré par l’épaisseur de lard dorsal (ELD), et par l’objectif d’ELD à la mise bas suivante.C’est ici qu’intervient l’effet « élevage ». On comprend bien qu’un éleveur qui sait faire consommer ses truies en maternité ou qui dispose d’un type génétique gourmand pendant la lactation pourra se permettre de les rentrer plus maigres.

 

- © Ifip

En combinant les données poids et ELD, il est possible de déterminer la ration moyenne à distribuer aux truies en gestation, en tenant compte bien sûr des conditions de logement. « Avec la généralisation des truies en groupe, les différences de besoins alimentaires vont s’accroître fortement, car il faut prendre en compte l’activité des animaux », estime Nathalie Quiniou. Selon que les truies sont en loges individuelles ou en groupes, l’ELD peut varier de 0,5 mm en fin de gestation pour une alimentation identique. C’est peu sur un cycle, mais l’écart peut devenir important sur la carrière de la truie si l’éleveur n’en tient pas compte, et cela peut rendre le troupeau hétérogène. « Au final, quand la ration n’est pas adaptée au gabarit des truies, à leur état d’engraissement au sevrage et aux conditions du milieu, il y a des effets négatifs à moyen et long terme », met-elle en garde. Si les réserves sont insuffisantes à la mise bas, la production laitière diminue, les porcelets sont plus légers au sevrage et des problèmes de reproduction apparaissent. Si les truies sont trop grasses, les mises bas sont plus difficiles, le taux de morts-nés augmente, les réserves fondent trop en cours de lactation, ce qui induit également des problèmes de reproduction.

 

- © ifip

 

La stratégie alimentaire des truies agit aussi directement qualité des porcelets. « Ce sont essentiellement les apports en fin de gestation qui vont être le plus déterminants », souligne Nathalie Quiniou, qui démontre, sur la base d’essais réalisés conjointement à Romillé (Ille-et-Vilaine) et à la station des Trinottières (Maine-et-Loire) que l’augmentation de la ration en fin de gestation est associée à une plus grande facilité de mise bas et une meilleure vitalité néonatale des porcelets. En revanche, cette stratégie ne permet pas d’augmenter le poids des porcelets à la naissance. De plus, il faut veiller à ce que l’apport global pendant toute la gestation reste le même. « L’hyperprolificité impose de revoir la répartition des apports alimentaires, mais pour une même quantité globale d’aliment sur toute la gestation. » L’apport d’énergie par 5 % d’huile en gestation en substitut à un apport à base d’amidon permet également de diminuer le nombre de morts-nés, même si le poids de portée est identique à la naissance. « Même si les acides gras traversent peu la barrière placentaire en cours de gestation, l’apport supplémentaire lié à l’incorporation de l’huile dans la ration contribue à améliorer la vitalité des porcelets », analyse l’ingénieur. Appliqué à l’aliment de lactation, cet apport d’huile permet également une meilleure survie des petits porcelets. « La truie ingère plus d’énergie au profit de la portée. Cela peut constituer une solution intéressante en été, quand les températures élevées limitent la consommation des truies. » Mais en maternité, l’élément essentiel pour assurer une bonne croissance de la portée reste la quantité de lait produite. Une truie à fort potentiel laitier a des besoins élevés, notamment en acides aminés. « On peut directement estimer les besoins quotidiens en lysine en fonction du poids au sevrage de la portée », rappelle Nathalie Quiniou. Il convient ensuite de choisir sa gamme d’aliment, notamment au travers de la quantité de lysine digestible par kilo, en fonction du niveau de consommation observé spécifiquement dans l’élevage. Cependant, si les apports sont supérieurs aux besoins, l’ajout de lysine dans l’aliment n’apporte aucun bénéfice supplémentaire aux truies et aux porcelets, et donc coûte de l’argent à l’éleveur. À l’inverse, un apport insuffisant de lysine accélère la fonte musculaire des truies en maternité, avec un impact direct sur les performances de reproduction si cette fonte est importante (ISO, taux d’ovulation et taux de survie embryonnaire). Un aspect sur lequel les nutritionnistes commencent à travailler grâce à l’utilisation d’appareils à ultrason qui peuvent également mesurer facilement les épaisseurs de muscle dorsal, ce qui devrait leur ouvrir de nouvelles perspectives pour une meilleure optimisation de l’alimentation des truies.

 

 

 

 
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