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Leur interdiction est désormais levée

Le retour nécessaire des graisses dans les aliments

71000 tonnes de graisses animales sont chaque année exportées de France pour être incorporées dans des aliments du bétail à l’étranger. Le manque à gagner pour nos filières animales est considérable.

12 novembre 2009 D.Poilvet Vu 2904 fois

À l'occasion d'une conférence de presse qui a eu lieu au Space le 16 septembre dernier, le Sifco (Syndicat des industries françaises des coproduits animaux) a dénoncé l'aberration que constitue la non-utilisation des graisses animales dans les aliments du bétail en France. « Ces graisses sont obtenues à partir de coproduits issus d'animaux déclarés propres à la consommation humaine », précise Patrick Coelenbier, président du Sifco : saindoux, graisse de porc et de volaille, graisse de boeuf prélevée avant fente garantissant l'absence de contact avec la moelle épinière... Au coeur de la crise de la vache folle, un arrêté datant du 14 novembre 2000 avait interdit leur utilisation en alimentation d'animaux de rente en France.Cette interdiction a progressivement été levée entre 2003 et 2008. Aujourd'hui, la menace des prions s'estompant, toutes ces graisses peuvent être à nouveau utilisés. Mais les cahiers des charges élaborés au début des années 2000 (formule 100 % végétale...), ainsi que la crainte de contaminations croisées dans les usines d'aliment et d'un rejet des consommateurs freinent cette réintroduction. Une situation sans doute transitoire,mais qui, selon le Sifco, coûte cher à la filière. Sur la période 2006-2007, Olivier Lapierre, professeur à Agro Paris Tech et directeur du Cereopa (1), a calculé que le manque à gagner sur les formules porcs charcutiers a varié de zéro à près de 2 euros/tonne d'aliment. Ce calcul a été réalisé dans l'hypothèse de l'utilisation de graisses de volailles, ce qui permet de lever l'objection du « cannibalisme ». « Dans la majorité des situations, les formules avec graisses de volaille sont plus avantageuses que les formules 100 % végétales », souligne-t-il. sur les douze mois testés, la perte moyenne s'élève à 0,52 euro/tonne d'aliment. « À l'échelle des 4,5 millions de tonnes d'aliments porcs charcutiers produits sur la période, l'économie serait de près de 2 millions d'euros ! Par ailleurs, cette somme a été reversée à des filières étrangères concurrentes largement utilisatrices de graisses animales », déplore Olivier Lapierre: Pays-Bas,Danemark et surtout Espagne ne se privent pas de cet avantage concurrentiel pour optimiser le coût de leurs formules. « L'ironie de cette histoire, c'est que la viande des porcs qui ont consommé ces aliments revient en France sans que les consommateurs français ne soient au courant. » Au-delà du manque à gagner, Olivier Lapierre calcule que la réutilisation des graisses en France permettrait d'épargner 510 000 tonnes de blé et 270 000 tonnes d'huile de palme par an. « Ces quantités représentent un potentiel d'énergie qui correspond aux besoins annuels de 2 850 000 personnes », souligne-t-il. Par ailleurs, sous l'angle de l'environnement, le gaspillage est également énorme. « Ces matières premières utilisées en substitut aux graisses représentent une production de 520 000 tonnes de CO2, soit les émissions de 87500 habitants ! » Au-delà des aspects économiques, le retour des graisses animales dans l'alimentation du bétail constitue donc également des enjeux à la fois environnementaux et alimentaires. « La terre perd un hectare de terre cultivable par seconde. La population mondiale va croître de 50 % d'ici 2050. Pour relever ces nouveaux challenges, nous sommes tenus de valoriser toutes les ressources alimentaires qui sont à notre disposition », conclut Patrick Coelenbier.

(1) Cereopa: Centre d'étude et de recherche sur l'économie et l'organisation des productions animales

 

 

 
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