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Philippe Lecouvey, directeur de l'Ifip

"Les acteurs de la filière doivent s'approprier leur institut"

Philippe Lecouvey estime que la recherche a toujours un rôle essentiel à jouer dans la compétitivité des éleveurs de porcs. Mais, avec les nouvelles attentes sociétales et environnementales, les thèmes de recherches sont désormais abordés de manière transversale.

03 mars 2008 D.Poilvet Vu 2714 fois
Philippe Lecouvey « L’Institut a fortement contribué à l’amélioration des performances des élevages. »

Philippe Lecouvey « L’Institut a fortement contribué à l’amélioration des performances des élevages. » - © cg

Les sujets présentés aux dernières JRP semblaient répondre plus aux attentes sociétales qu’aux préoccupations des éleveurs. Est-ce le reflet de l’évolution de la recherche porcine en France?

 

Je n’ai pas le sentiment que les sujets présentés cette année aux JRP soient plus marqués « attentes sociétales » que les années précédentes. La recherche orientée « production » est toujours aussi présente, pour la simple raison que la compétitivité des exploitations n’est jamais acquise.Quel que soit le modèle de production, il faudra toujours produire plus et mieux. Enfin, il faut aussi que la recherche aille plus loin dans la transformation des produits de l’élevage. D’où l’obligation d’aborder les sujets de manière plus globale, plus transversale.

 

On pourrait penser qu’avec les exigences sociétales toujours plus importantes, il y a moins de crédits de recherche affectés à la production ?

 

Pour le moment, ce n’est pas le cas. Mais si la filière porcine ne s’approprie pas l’Ifip, les axes de recherche peuvent effectivement s’orienter vers des sujets qui concerneront moins les éleveurs. C’est pourquoi, en parallèle, aux financeurs publics (Office de l’élevage, Casdar, ministère de l’Agriculture) et aux représentants des organisations de la filière (Inaporc) qui décident de l’orientation à donner à notre travail, nous avons mis en place des groupes de « métiers » qui donnent leurs avis sur les thèmes de recherches.

 

La part croissante des fonds privés dans le budget de l’Ifip ne risque-t-elle pas aussi de détourner vos moyens des besoins de la filière ?

 

La part du financement privé augmente régulièrement depuis plusieurs années. Nous sommes aussi de plus en plus soumis à des appels à projets qui sont des travaux d’intérêt généraux, loin des préoccupations immédiates de la filière. Mais l’intérêt collectif est prioritaire dans notre métier. Tout dépend des moyens que la filière voudra mettre dans la R&D. Inaporc participe à hauteur de 15 % au budget de l’Ifip au travers d’études précises. La situation est différente dans les filières végétales, où les professionnels contribuent fortement au budget d’Arvalis et du Cetiom pour assurer leur recherche.

 

Le partenariat avec les autres structures de recherche est-il suffisant ?

 

Nous faisons partie du Gis (Groupement d’intérêt scientifique) recherche et expérimentation porcine, qui est une instance de concertation et de coordination entre les partenaires scientifiques et professionnels de la filière porcine. Cette structure sert notamment à vérifier la complémentarité et la coordination des travaux engagés entre les différents organismes de recherche. Par ailleurs, les relations de terrain sont bonnes entre nos ingénieurs et leurs collègues. Je veux aussi rappeler que les JRP, qui constituent une vitrine importante de la recherche française, sont réalisées en partenariat avec l’Inra, et ce depuis 40 ans.

 

Quelles sont les priorités de l’Ifip en 2008?

 

Le rapprochement de l’ITP et de certaines activités du Centre de la salaison de la charcuterie est achevé. Nous investissons toujours dans nos outils de production : rénovation du site de Maisons-Alfort au sein de l’école vétérinaire pour les aspects qualité des produits, rénovation du site de Villefranche-de-Rouergue en association avec la chambre d’agriculture de l’Aveyron, acquisition d’un tomographe-scanner à Romillé pour une meilleure connaissance de la composition corporelle des carcasses, des pièces de viande, et d’autres applications telles que la génétique. Par ailleurs, nous avons le souci de mieux communiquer auprès des éleveurs. La perception du travail de recherche n’est pas simple. Ce travail s’inscrit dans la durée. Il faut donc le juger et l’évaluer sur le moyen terme, et j’estime que la part de l’Institut a fortement contribué aux performances des élevages français reconnus comme des référents dans le monde.

 

 

 
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